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6 NEUROPSYCHOLOGIE DE LA SOUFFRANCE CAUSE DU REFOULEMENT


Les émotions ne doivent pas être surmontées, refoulées, contenues ou négligées. Elles sont, au contraire, essentielles chez l'être humain, car elles font partie intégrante de sa constitution et sont indispensables à sa survie.

Sans nos sentiments et nos besoins, nous serions des robots. Ce sont eux qui nous donnent la faculté de raisonner et qui sous-tendent nos pensées, nos comportements, nos intérêts, nos croyances, nos rêves et nos obsessions.

Selon le neurologue Antonio Damasio , les sentiments jouent un rôle fondamental dans le processus de décision. La plupart du temps, lorsque nous devons faire un choix, nous imaginons le déroulement de l'action, afin de savoir si elle éveille en nous des sensations et sentiments agréables. S'il en est ainsi, nous agissons. Mais si nos impressions sont déplaisantes, nous décidons d'y renoncer.

Lorsque nous sommes coupés de nos sentiments, nous n'arrivons pas à prendre de décision, car nous ne savons pas ce que nous ressentons. Comme nous ne pouvons sentir les conséquences de nos actes (ou de notre inaction), nous agissons parfois imprudemment. En règle générale, lorsque la stimulation émotionnelle est trop faible, ou lorsque trop d'émotions surchargent le cerveau pensant, les processus de réflexion sont altérés.

6.1 Le système limbique
Nos sentiments sont stockés, traités et exprimés dans un ensemble de structures cérébrales appelé système limbique.

Un traumatisme physique ou psychologique infligé à l'organisme parvient au système limbique comme une décharge d'énergie électrique :démonstration expérimentale réalisée sur des chiens par Ronald Melzack. .

Pendant quelque temps, Melzack a envoyé chaque jour une légère décharge électrique dans la zone limbique du cerveau des chiens.

La charge électrique s'est apparemment accumulée, car l'activité électrique de leur cerveau augmentait après chaque décharge, jusqu'au jour où les chiens se sont mis à avoir des sortes d'attaques convulsives spontanées. Ils avaient développé une forme d'épilepsie pour faire face à la surcharge de tension.


Même lorsque ce traumatisme est ancien, il continue à graviter dans le circuit limbique et a une forte incidence sur l'activité électrique cérébrale à moins qu'il n'ait réussi à atteindre la conscience. Voilà pourquoi les névrosés sont perpétuellement sous tension. Le docteur Hoffmann a rédigé une explication détaillée des cartes cérébrales montrant les variations de voltage en fonction du refoulement.

Qui plus est, comme le montre l'expérience de Melzack, quand le système limbique ne peut plus assurer le stockage de la souffrance, l'excédent produit des symptômes physiques.

6.2 Le thalamus, site de traitement de la douleur et de la souffrance
Le thalamus est l'une des plus importantes structures associées aux sentiments, et il joue un rôle essentiel dans le verrouillage des traumatismes précoces. Parmi ses diverses fonctions, il doit intégrer les sentiments et aider à les transmettre au cortex préfrontal, où ils sont associés à un contexte et prennent une signification spécifique.

Un article du numéro du 22 décembre 1994 de la revue Nature signale que des chercheurs ont localisé un noyau thalamique spécifique, qui serait un centre de la perception et de la transmission de la douleur.

Un des pionniers de la neurologie, W.J.H. Nauta (avec son coauteur Michael Feirtag), décrit le thalamus comme « un dernier poste de contrôle avant que les messages de tous les centres de traitement des sensations ne soient autorisés à entrer dans les zones supérieures du cerveau.. ».

À chaque interruption synaptique dans une voie sensorielle, l'input* est transformé : le code dans lequel le message arrive est fondamentalement modifié, sans doute parce que les informations ne seraient pas comprises aux niveaux supérieurs si elles n'étaient pas traduites. Ainsi, l'expression de dégoût du visage de maman veut dire « Je suis vilain » ou « On ne m'aime pas ».

Pour que le message arrive au cortex cérébral, terminus de son voyage, il doit être traduit par le thalamus dans le langage approprié. Le cortex préfrontal peut alors donner un sens au stimulus émotionnel.

En cas de surcharge d'informations, elles arrivent en désordre et ne peuvent plus être convenablement traduites ni transmises. Une des fonctions du thalamus est alors d'empêcher les sentiments d'accéder au cortex: « Je me sens très mal, maman me déteste!».

Dès que la transmission s'interrompt à cause de la surcharge des circuits nerveux, l'enfant devient partiellement ou totalement inconscient et n'a plus accès à ses sentiments et à ses besoins.

6.3 Le site de stockage des sentiments : la connexion amygdale-hippocampe
Alors que le thalamus joue un rôle dans le codage initial de l’information, l'amygdale et l'hippocampe aident à renforcer le souvenir codé. Les amygdales, qui ressemblent à l'extrémité des cornes d'un bélier, sont deux petites structures en amande situées à proximité de l'hippocampe, sur la face interne des lobes temporaux.

Elles forment une sorte de carrefour dans le cerveau. Un sentiment , comme par exemple, « Je veux mon papa! », est codé et stocké à l'aide du thalamus, puis concrétisé par l'amygdale et l'hippocampe.

Il est ensuite envoyé par le chemin habituel, l'hypothalamus, dans diverses parties de notre organisme, où il altère notre fonctionnement physique et finit par nous rendre malade.

Comme le confirment de nombreuses recherches, des fibres nerveuses contenant des opiacés relient l'amygdale aux systèmes sensoriels, où elles procèdent au verrouillage en libérant ces endorphines pour traiter les états émotionnels générés dans l'hypothalamus.

Lorsque l'input est excessif, des analgésiques sont libérés pour empêcher le message d'accéder à la conscience. En revanche, rien ne l'empêche de parvenir aux divers organes de notre physiologie qui l'acceptent sans le critiquer ni le réduire, et font de leur mieux pour lui faire face.

Notre estomac sécrète alors un surplus d'acide chlorhydrique, nos surrénales produisent trop d'hormones de stress, et notre tension artérielle atteint la cote d'alerte. Mais lorsque le message finit par se connecter à la conscience, tout redevient normal.

L'adrénaline et les autres hormones de stress renforcent le processus d'enregistrement, ce qui explique pourquoi la souffrance et le traumatisme sont si fermement incrustés dans le cerveau. La force de l'empreinte est proportionnelle à l'ampleur de la souffrance, de l'angoisse et de la peur.(voir chapitre sur la mémoire émotionnelle)

Une lésion des amygdales empêche la personne de reconnaître les expressions de peur chez les autres, ce qui confirme le rôle de ces structures dans la perception émotionnelle.

Comme les amygdales et les autres structures cérébrales traitant les sentiments sécrètent également les hormones du refoulement ( endorphines), elles contrôlent l'accès aux émotions, en les laissant accéder à la conscience, ou en les refoulant vers l'inconscient.

Ces structures qui gèrent le sentiment sont donc également celles qui le refoulent en sécrétant des neuro-inhibiteurs.

Derrière les amygdales, l'hippocampe (appelé ainsi en raison de sa ressemblance avec le poisson du même nom) est situé au bout de la corne de bélier. Il est l'une des plus anciennes structures du cerveau (néanmoins postérieure aux amygdales) et semble être responsable de la mémoire déclarative, celle qui enregistre le contexte et les circonstances de l'événement, et non sa signification émotionnelle.

L'hippocampe vous permet de reconnaître une personne mais l’amygdale vous dira si elle est antipathique.

Ce sont l'hippocampe et l'amygdale droits qui élaborent les images dans le cerveau. Ils peuvent créer des illusions, des hallucinations, des rêveries, et contribuent à notre activité onirique en transformant nos sentiments refoulés en cauchemars. Associées aux états émotionnels, les ondes thêta du cerveau proviennent de l'hippocampe.

Enfin, l'hippocampe est connecté par de nombreuses fibres nerveuses au septum, l'un des centres du plaisir dans le cerveau. Dans une expérience désormais classique, on propose à des rongeurs de choisir entre de la nourriture ou une décharge électrique dans le septum. Ils choisissent systématiquement le stimulus électrique, quitte à mourir de faim.*

6.4 Comment la souffrance envoyée dans le corps provoque-t-elle les symptômes ?

Le rôle de l'hypothalamus
Situé à la jonction des cornes du bélier, l'hypothalamus régule la production d'hormones et régit le système immunitaire par l'intermédiaire de l'hypophyse, qui se trouve juste en dessous. L'hypothalamus contribue, avec le tronc cérébral, à la régulation homéostatique du corps, où il contrôle la température, la respiration, le fonctionnement cardiaque, la tension artérielle, la digestion, l'équilibre électrolytique, le tonus viscéral et des douzaines d'autres fonctions vitales.

L'hypothalamus est la structure vers laquelle le système limbique envoie, habituellement, l'énergie des sentiments dans l'organisme physique, en excitant les organes viscéraux. Voilà pourquoi nous avons mal au ventre dès que nous nous sentons critiqués. C’est précisément la partie postérieure de l'hypothalamus qui déclenche les affres de l'angoisse.

Que la souffrance résulte d'une chute dans l'escalier, d'une brûlure ou de l'impression que « Maman ne m'aime pas », l'affolement est le même.

Les sentiments douloureux refoulés tels que « Je suis vilain. Personne ne veut de moi! » se traduisent par des réactions somatiques : le rythme cardiaque s'accélère, les sécrétions hormonales augmentent, la tension artérielle s'élève, etc.

6.5 La structure qui nous met en alerte : le système réticulé activateur
La souffrance est un signal d'alarme nous prévenant que nous sommes en danger, ou que nos besoins biologiques ne vont pas être satisfaits. Elle seule peut mobiliser l'organisme de cette manière et le maintenir en alerte en lui rappelant sans cesse qu'il a des affaires à régler.

Figure 8 LABORIT H, La légende des comportements
Flammarion, Paris, 1994, p60
C'est le système réticulé activateur (reticular activating system, soit RAS), situé dans le tronc cérébral, qui actionne cette vigilance. Cette structure en réseau est l'une des zones clés où se concentre la noradrénaline qui nous aide à mobiliser l'organisme et éveille son attention.

Dans un article intitulé « The Reward System of the Brain », paru dans le Scientific American, l'auteur, Routtenberg , explique que « la noradrénaline et la dopamine (les neurotransmetteurs activateurs du cerveau) vont informer le cortex cérébral [...] les patterns d'activité intellectuelle extrêmement complexes élaborés dans le cortex sont influencés par les catécholamines, qui sont antérieures sur le plan de l'évolution » .

Plutôt que de transmettre directement les messages spécifiques aux centres supérieurs, le cortex « mesure » la quantité d'information qui passe et active le cerveau au niveau adéquat pour la traiter. Pendant ce temps, les lobes frontaux modulent l'activité du RAS, généralement en l'inhibant.


Nous obtenons ainsi le juste niveau de vigilance que requiert l'action envisagée, qu'il s'agisse de fuir une menace mortelle ou de rédiger sa déclaration d'impôts. Le RAS, qui arrive à maturation très tôt, active toujours le plus haut niveau de fonctionnement neurologique disponible à chaque étape du développement cérébral.

Lorsque la souffrance est engrammée*, le RAS peut constamment stimuler la conscience, éveillant ainsi des pensées obsessionnelles. La zone frontale s'efforce d'affronter et de refouler l'activation des niveaux inférieurs, et les idées commencent à bouillonner. La personne ne parvient plus à dormir, car elle ne peut « éteindre » son mental, qui « fait des heures supplémentaires ».

Lorsqu'il s'agit d'une empreinte de terreur, c'est un centre situé près de la formation réticulée, dans une structure du tronc cérébral appelée locus coeruleus, qui est activé.

Conjointement avec le R.A.S, il transmet au cortex des messages d’alarme. Lorsque l’information précisant ce que l’on craint est verrouillée par les structures limbiques, par exemple le thalamus, la personne peut se sentir très mal à l’aise, sans savoir pourquoi.

6.6 Le lieu de connexion et de déconnexion des sentiments : le cortex préfrontal
Le cortex préfrontal referme la boucle limbique. Raisons et émotions s'y rencontrent. Le neurologue Antonio Damasio fait remarquer que les patients ayant des lésions préfrontales ne semblent pas avoir de sentiments ni de réactions émotionnelles. Ils ne peuvent faire la différence entre une terrible tragédie et un contretemps sans importance, qui les affectent de la même manière.

Damasio propose l'explication suivante : « Il existe une région particulière du cerveau humain dans laquelle les systèmes neuraux sous-tendant l'expression et la perception des émotions, ainsi que ceux relatifs à la mémoire de travail et à l'attention, interagissent de façon si étroite qu'ils constituent la source mobilisatrice aussi bien des activités externes que des activités internes. Cette région est le cortex cingulaire antérieur, une autre pièce de ce puzzle que constitue le système limbique ».

Le cortex préfrontal reçoit, de tous les organes sensoriels et de notre mémoire, l'information concernant notre situation extérieure et notre état intérieur; il est le centre d'intégration de toutes ces données. Damasio le formule ainsi : « On pourrait dire métaphoriquement que les processus neuraux sous-tendant la raison et les émotions se "recoupent" au niveau du cortex préfrontal (ventro-médian)».

Il nous permet de comprendre les implications des événements extérieurs et intérieurs. Ressentir veut dire connecter les sentiments et les empreintes des niveaux inférieurs avec les niveaux supérieurs de la conscience, et cette connexion s'effectue dans le cortex préfrontal, qui est le centre intégrateur.

Damasio s'est aperçu que, lorsque les lobes frontaux du cerveau sont endommagés, le patient cherche à rationaliser les sentiments refoulés, en rassemblant des bribes de souvenir et en inventant une histoire pour expliquer son comportement.

Le cortex préfrontal joue un rôle important dans l'inhibition de l'expression des émotions. Lorsqu'il est endommagé, lorsqu'il fonctionne mal, il est pratiquement impossible d'effacer la mémoire émotionnelle, et les souvenirs ne cessent de remonter à la surface.

Nous en avons la confirmation dans le fait que les assassins qui plaident coupables en invoquant un accès de démence présentent un métabolisme du glucose anormalement bas dans la région préfrontale.

La prudence est donc de mise lorsque ce système est déficient! Il ne marche pas bien non plus chez les schizophrènes.

6.7 Le corps calleux
Dans un cerveau qui fonctionne bien, l'hémisphère droit, siège privilégié de la conscience de deuxième ligne* avec le système limbique, évalue, sur le plan émotionnel, l'information factuelle donnée par l'hémisphère gauche, dit « rationnel ». Le médiateur de cette interaction est le corps calleux, un réseau nerveux qui relie les côtés droit (sentiment) et gauche (raison) du cerveau.

Cette structure n'arrive à maturité que vers l'âge de dix ans. Un enfant a donc dans son cerveau droit une richesse d'expérience qui n'est pas transmise au cerveau gauche. Beaucoup de choses restent inconscientes avant notre dixième année, simplement parce que le réseau informatif n'est pas encore complètement constitué.

Tant que le corps calleux n'a pas terminé son développement, l'enfant peut croire que le Père Noël va lui apporter ses cadeaux la nuit du 25 décembre, tout en sachant qu'il est trop gros pour descendre par la cheminée.

Mais lorsque le refoulement bloque ou verrouille le flux d'informations d'un seul côté du cerveau, ce qui le déconnecte de l'autre, on n'entend plus que les paroles d'autrui sans saisir leur composante émotionnelle.


6.8 Comment nos neurones transmettent-ils et bloquent-ils la souffrance ?
6.8.1 Neurotransmetteurs

Lorsqu'ils sont stimulés, les neurones libèrent des neurotransmetteurs. Ces médiateurs chimiques activent à leur tour les récepteurs des neurones voisins qui, comme l'a exposé le neurologue Jean-Pierre Changeux dans un article du Scientific American paru en 1993, changent alors de conformation et modifient la circulation de l'information dans le réseau neuronal.

Il existe plus de cinquante neurotransmetteurs pour lesquels les neurones ont des molécules réceptrices aux jonctions synaptiques. Au cours de notre développement, la sécrétion des neurotransmetteurs s'intensifie sur certains parcours qui vont continuer à développer leurs interconnexions et persister, alors que d'autres vont s'atrophier.

Les stimulations ordinaires de la vie nous permettent donc d'enrichir les réseaux neuronaux et de développer notre cerveau.

En revanche, la forte surcharge d'informations que représente la souffrance précoce peut en fait altérer notre faculté d'établir ou d'annuler ces connexions.

Il est probable que le traumatisme précoce modifie la charge synaptique des neurones, ce qui favorise la mise à feu de certains par rapport à d'autres. Ainsi, alors que les empreintes des niveaux inférieurs facilitent le déclenchement, les charges synaptiques corticales peuvent l'empêcher; la conscience n'est de ce fait pas au courant de ce qui se passe en bas.

En bref, le refoulement dépend peut-être de l'influence de ces différences de charges synaptiques corticales, négatives ou positives, qui, en cas de traumatisme, modifient la structure même des neurones et bloquent la propagation de l'information.

Seul, l'effet régulateur des neurotransmetteurs pourra éventuellement déclencher ces neurones par la suite. Et si la mise à feu de certains neurones est effectivement plus facile à provoquer, il faut alors davantage de médiateurs chimiques pour inhiber leur action.

En cas de traumatisme de forte amplitude, les neurones se déclenchent facilement, et pour peu que le système nerveux n'arrive pas à produire suffisamment de neuroinhibiteurs pour refouler les sentiments, il en résulte un état permanent d'angoisse et d'hyperactivité.

L'acétylcholine est un neurotransmetteur très important qui aide à transmettre les messages entre les neurones. Il facilite la circulation de l'information dans le cortex, en particulier dans l'hippocampe. Mais il semble que le refoulement l'empêche d'agir correctement. Lorsque vous surexcitez les voies nerveuses en les alimentant constamment en acétylcholine, les molécules réceptrices perdent leur sensibilité et se ferment.

6.8.2 Plasticité synaptique
La plasticité synaptique repose sur le principe que lorsque deux neurones sont connectés par une synapse plastique, l'efficacité de la transmission synaptique est fonction de l'activité passée des neurones. Il existe deux grandes formes de plasticité synaptique découvertes toutes deux dans les diverses structures cérébrales de la mémoire.

Il s'agit de la LTP (potentialisation à long terme) et la LTD (dépression à long terme).

La LTP est le fait qu'à la suite de stimulations répétées du neurone postsynaptique, une stimulation unique du neurone présynaptique entraîne une réponse facilitée, accrue qui perdure jusqu'à une dizaine d'heures.

La LTD est le phénomène inverse qui conduit à la mise sous silence de la synapse. Elle joue un rôle important dans le cervelet, lors de la mémoire implicite procédurale, ou les réseaux neuronaux impliqués dans des mouvements erronés sont inhibés par la mise sous silence de leurs connections synaptiques. La LTD permet de corriger les procédures motrices lors de l'apprentissage d'un savoir-faire.

Même si les mécanismes intimes de la LTP et de la LTD diffèrent, le principe de ces plasticités est le même: Le neurotransmetteur libéré par le neurone présynaptique agit sur les protéines réceptrices du neurone postsynaptique afin d'assurer le passage de l'information nerveuse (qui est une modification des propriétés électriques du neurone postsynaptique), mais en plus il active un groupe de molécules qui vont déclencher des réactions en chaîne.

Ces réactions modifient soit les propriétés des molécules réceptrices (+/- sensibles), soit, par une action en retour sur le neurone postsynaptique, la libération du neurotransmetteur. Ces processus chimiques affectant la synapse, à proprement parler, durent tout au plus une journée.

Ils ne suffisent donc pas à expliquer la stabilisation de souvenir sur des périodes allant jusqu'à plusieurs années. En fait, la plasticité s'accompagne aussi de l'activation de gènes nécessaires à la synthèse de protéines qui participent à des changements drastiques au niveau de la structure des synapses (leur nombre et leur surface augmentent).

Ce sont les modifications structurelles des contacts synaptiques au sein d'un circuit représentant un souvenir qui assurent donc la conservation de ce souvenir aux fils des ans.

6.9 Le mécanisme de la souffrance
Les vers de terre se tortillent lorsqu'on leur fait mal; ils peuvent donc souffrir, mais nous doutons énormément qu'ils soient angoissés. On peut ainsi souffrir bien avant d'être en mesure d'éprouver de l'angoisse.

Le mécanisme de la souffrance est l'un des plus anciens du cerveau. Au cours du développement d'un être humain, les premières cellules nerveuses arrivant à maturité sont celles qui s'occupent des stimuli nocifs dans le cerveau, et donc celles qui sont concernées par la souffrance et son refoulement.

Certaines cellules médianes du cerveau contribuent également à empêcher le signal douloureux d'atteindre la conscience (ce qui constitue le verrouillage de la souffrance précoce). Dans le système limbique, c'est une région du thalamus qui transmet la souffrance au cortex.

Comme elle contient de nombreux récepteurs d'endorphines, elle peut bloquer la propagation des informations et maintenir l'individu inconscient de sa souffrance. Il se contente de se sentir légèrement déprimé ou inquiet tous les matins à son réveil, sans savoir pourquoi.

La souffrance, qui se traduit par une sensation intérieure déplaisante, signale l'apparition d'une lésion tissulaire ou l'interruption du fonctionnement normal des tissus organiques. Il se produit alors une surcharge d'information douloureuse dans les structures de transmission, comme la formation réticulée et son dispositif d'alimentation vers le thalamus, appelé noyau réticulé.

Certains réseaux neuronaux sont submergés, et c'est ce qui nous donne l'expérience de la douleur, à laquelle notre corps réagit par de l'angoisse et un sentiment de mort imminente.

L'information douloureuse nous signalant le dysfonctionnement provient des organes internes et progresse, via l'hypothalamus, dans le réseau des structures limbiques, pour atteindre le cortex préfrontal. Puis, en retour, une réaction s'enclenche pour moduler les fonctions viscérales et tenter d'alléger la souffrance.

6.10 Conclusion : Reconnexion* et guérison
Le refoulement effectue une déconnexion neurale entre la partie de nous-mêmes qui sait que nous avons mal(tronc cérébral, système limbique), et celle qui pourrait accomplir le processus de guérison (cortex préfrontal).

La morphine, que nous sécrétons, empêche ainsi le message viscéral douloureux d'accéder au cortex cérébral.

Ce mécanisme est à la base, selon Janov, de la névrose, mal nécessaire, qui se manifestera soit dans la sphère psychique, soit dans la sphère somatique.

Ce n’est, alors, que l'expérience physiologique consciente de la souffrance qui pourra provoquer la guérison.

Vous ne pouvez guérir sans effectuer cette connexion, sans reconnaître et revivre ce sentiment de votre passé . Donc, souvenir, contexte, souffrance.

Cette prise de conscience ne doit pas être confondue avec la compréhension intellectuelle des centres supérieurs du cerveau. Celle-ci est un phénomène « cortical », tandis que le sentiment est un événement « qui inclut tous les niveaux ».

Sans le sentiment, les explications que donne le thérapeute ou que propose le patient ne peuvent être que des conjectures, du style : « Je pense »

Tant que vous ne ressentirez rien, vous ne guérirez pas. « No feel, no heal! »

La reconnexion est la condition sine qua non de l'efficacité de la thérapie. Le moindre progrès que fait un patient provient la plupart du temps d'une reconnexion, aussi petite soit-elle

Pour traiter la névrose et les symptômes qui lui sont associés, émotionnellement et physiquement, Janov intervient sur les mécanismes cérébraux les ayant provoqués.

« Nous mettons un terme à la surcharge d'activité des niveaux inférieurs du cerveau en les connectant aux centres supérieurs et ramenons le patient dans le contexte initial du sentiment douloureux, ce qu'il exprime par ses cris de détresse »

La guérison doit s’effectuer dans l’ordre neurophysiologique, en partant des souffrances les plus récentes et les moins fortes pour remonter progressivement vers celles ayant une valence plus élevée.


6.11 Apport au mémoire :
Ce chapitre, basé sur de larges extraits du livre de Janov, nous montre :

- l’importance des structures médianes du cerveau et donc l’utilité des techniques ostéopathiques qui soulagent ces structures.

- l’explication de l’amélioration ressentie après une libération émotionnelle par la reconnexion de ces structures tant psychique par la verbalisation que physique par le traitement ostéopathique qui aura réveillé l’émotion inscrite dans les tissus.

- La similitude entre cette thérapie de l’inconscient et notre approche qui consiste à chercher, dans le passé de notre patient, la lésion « primaire », cause de sa souffrance présente en respectant néanmoins l’ordre inverse d’apparition des traumatismes.

- La nécessité d’un suivi dans le traitement, tant par le psychologue que par l’ostéopathe, suivant la prévalence de l’affection, afin de renforcer les changements intervenus au niveau synaptique.

Figure 9 JANOV Arthur, Le corps se souvient, Editions du rocher,1997
Annexe B : fig 10
Traitement normal des Sentiments

6.12 Mode d’intervention des deux systèmes
Amygdale ou cortex préfrontal.

L'amygdale porte aussi le nom de sentinelle psychologique. Elle se comporte comme un système de sécurité pouvant donner l'alerte à tout le cerveau en cas de danger de l'individu.

Dans ce cas, elle va pouvoir prendre le contrôle de façon brutale par des actes pulsionnels (tels que l'agressivité, les fous rires,...), ce qu'on nomme un coup d'état émotionnel. En d'autres termes, les émotions prennent le pouvoir sur la raison
Nous devons à Joseph Ledoux les travaux concernant cette découverte qui a été qualifiée d'essentielle en neuropsychologie ces dix dernières années: En effet, il a mis en évidence une bifurcation de l'information post-thalamique non seulement vers le néocortex concerné mais aussi vers l'amygdale.

Jusqu'ici on pensait que l'information passait par le néocortex avant d'être envoyée au système limbique. De ce fait, l'amygdale est reliée de façon directe aux organes des sens ce qui lui permet de réagir avant le néocortex qui traite l'information de façon plus complexe et donc plus longue.
Pour Ledoux, anatomiquement, le système qui gouverne les émotions peut agir indépendamment du néocortex.

Certaines réactions et certains souvenirs émotionnels peuvent se former sans la moindre intervention de la conscience, de la cognition.

De plus, l'amygdale emmagasine tout un répertoire de souvenirs et de réactions dans lequel nous puisons sans en être conscients. C'est le rôle souterrain de l'amygdale, dans le domaine de la mémoire, qui donne en plus son opinion sur les choses.
Nos émotions ont leur propre esprit, un esprit qui a ses idées à lui tout à fait indépendantes de celles de l'esprit rationnel. Le cerveau possède deux systèmes de mémoire: un premier pour les faits ordinaires et le second pour ceux chargés d'émotion.


6.12.1 Inconvénient de cette voie directe:
- La réponse est grossière, globale. Ce que l'on gagne en vitesse on le perd en précision.

- Le type de réponse est associatif d'un élément présent par rapport à un autre passé. Les éléments qui symbolisent une réalité équivalent à la réalité elle-même. Les comparaisons, les métaphores, les images parlent directement à l'esprit émotionnel.
C'est la logique du cœur (qui est celle de la poésie, des enfants, des rêves). Les choses n'ont pas à être définies de façon objective, l'important c'est la façon dont elles sont perçues. Ce que nous rappelle une chose peut être beaucoup plus important que ce qu'elle est.

De ce fait les réponses peuvent être disproportionnées, inapropriées, non individualisées. Cette exagération de réponse est surtout nette lorsqu'une personne a vécu un événement émotionnel fort et traumatisant mis en mémoire dans l'amygdale; ce qui crée un PTSD (Post Traumatique Syndrome Dépressive).

6.12.2 Post Traumatique Syndrome Dépressive
Le PTSD a deux incidences négatives:
- une hypersensibilisation à tout ce qui peut avoir une petite similitude avec le fait en question (un bruit, une odeur,...)
- un abaissement du seuil neuronal de déclenchement de l'alarme qui conduit l'individu à réagir, pour des circonstances ordinaires, comme pour des situations critiques.
D'autre part, ces souvenirs émotionnels remontent souvent à l'enfance quand l'individu n'avait pas une maturation consciente suffisante pour préciser ses émotions.
Il peut être perturbé dans ses réponses par des émotions fortes sans savoir exactement de quoi il s'agit.

Nous venons de voir le rôle de l'amygdale qui peut prendre le pouvoir lors d'une situation urgente mais sinon, d'une façon générale, elle est tempérée par le cortex préfrontal.

L'amygdale propose et le lobe préfrontal dispose.

En situation normale c'est lui qui fait office de chef d'orchestre des émotions. Il a pour rôle de contrôler, de maîtriser les sentiments pour que la personne puisse faire face le plus efficacement possible à la situation. Il coordonne la réponse émotionnelle en relation avec le cerveau émotionnel mais en modérant la réponse amygdalienne.

Dans les cas extrêmes de PTSD le cortex préfrontal va pouvoir peu à peu reprendre le contrôle. Une éventuelle psychothérapie apprend au néocortex à inhiber l'amygdale.

En revenant sur l’événement de façon directe ou indirecte, la conscience va progressivement s'imposer pour contrôler l'émotion forte initiale. L'émotion nocive n'est jamais oubliée mais elle est désamorcée, atténuée par le cortex préfrontal.

6.12.3 Apport au Mémoire
Nous voyons ici l'intérêt d'un traitement sur ces deux structures :

- Approche directe sur le frontal , pièce maîtresse du contrôle cérébral.

- Approche indirecte pour l’amygdale en hyper-activité
dans toute pathologie émotionnelle, en particulier, suite à un PTSD

Au cours d’une séance, l’émotion peut s’exprimer sans l’intervention de la conscience par action essentielle de l’amygdale. La prise de conscience et le contrôle du cortex préfrontal ne sont donc pas toujours nécessaires s’il s’agit d’émotion primaire (peur, colère) surtout si elles remontent à l’enfance.

En revanche, dans le cas de sentiment ou émotion secondaire, le contrôle conscient par le cortex préfrontal sera nécessaire ainsi que la verbalisation de la pathologie émotionnelle.

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